Les propositions

Synthèse

Préambule – ÉducationÉconomie Europe

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Notre regard sur la société actuelle

Nous vivons aujourd’hui dans une société dont nous apprécions de nombreux aspects.

Au niveau proprement français, nous apprécions et sommes attaché-e-s :

– à la démocratie ;

– au système social et la qualité du système de santé ;

– à la facilité d’accès à la culture, aux échanges multiculturels, à la gratuité des musées ;

– à la qualité des études et à leur gratuité ;

– à la qualité de vie quotidienne ;

– à la vitalité des associations et à la solidarité qu’elles portent.

Au niveau européen, nous sommes attaché-e-s à l’existence du projet européen, à la liberté de circulation et au programme Erasmus.

Plus globalement, nous nous réjouissons de la progression des droits de l’homme dans le monde, de la prise de conscience écologique, des mouvements à la recherche d’alternatives de toute nature.

Toutefois, cette société de 2012 nous inquiète également. La France est-elle sur la mauvaise pente ?

– Sur le plan économique, nous avons l’impression d’une primauté des intérêts économiques sur l’humain. L’état du monde du travail est préoccupant : précarité, chômage, manque de débouchés, pression sur les travailleurs, stagnation des salaires, fuite des cerveaux, pouvoir d’achat en baisse…

– Sur le plan social, nous regrettons la montée de l’égoïsme, des inégalités, du racisme, de l’islamophobie, de la peur de l’autre; le soutien plus faible des pouvoirs publics aux associations mais également la perte des acquis républicains et enfin le sentiment de dégradation du système scolaire (baisse du niveau d’éducation, différence croissante entre écoles privées et publiques, problèmes d’orientation).

– Sur le plan écologique, nous sommes alarmé-e-s par la dégradation de l’environnement.

– Sur le plan politique, nous constatons la montée des extrémismes et la confusion entre vie politique et vie privée.

– Sur le plan international, nous avons le sentiment d’une perte d’influence de la France dans le monde, d’une multiplication des zones de conflit… et d’un projet européen sans direction et sans but perceptibles.

De plus, nous entendons quotidiennement parler de « crise », économique, financière, politique, environnementale…

Pour autant nous voulons rester convaincu-e-s qu’il n’y a là rien d’inéluctable, que le contexte actuel ne doit pas nous empêcher de penser collectivement un futur souhaitable différent des solutions de court terme, bien au contraire.

Notre slogan : « penser le changement plutôt que changer le pansement ! », F. Blanche

Et si nous rêvons à la société que nous voulons…

Nous avons réfléchi ensemble à la société que nous voudrions dans l’avenir, pour nous dégager des contraintes du court terme. Voici les principales caractéristiques de nos visions d’avenir :

– une société qui préserve l’environnement

– une société où l’on ne juge plus les différences ni les apparences

– une société plus égalitaire (en termes de ressources, de justice sociale, de distribution, d’alimentation pour tous, de salaire minimum et maximum mondial)

– une société de progrès technique (robots, énergie, mobilité)

– une société plus créative, dans laquelle on s’autorise à sortir des carcans

– une société moins rapide et moins stressée.

Pour cheminer vers cet objectif de long terme, des décisions doivent être prises dès à présent. Nous vous présentons ici nos propositions pour transformer l’Europe, l’économie et l’éducation. Pour réussir, elles impliquent des choix politiques forts, qui peuvent être actés dès le prochain mandat présidentiel, et une participation active des citoyens. Car nous construisons tous, par nos actes, le monde de demain.

ÉDUCATION : Quelle école et quel enseignement voulons-nous ?

Le travail sur la question de l’école nous a amené-e-s à faire quatre constats négatifs majeurs.

Premièrement, le système actuel ne permet pas une orientation satisfaisante : en se faisant parfois trop tôt, l’orientation renforce les inégalités et la reproduction sociale ou, à l’inverse, en arrivant trop tard, elle laisse les élèves et étudiants sans réels buts durant de longues années. Deuxièmement, les méthodes d’évaluation des élèves sont stigmatisantes, entraînent très tôt un esprit de compétition et aggravent le phénomène du décrochage scolaire. Troisièmement, la formation des enseignants est un élément central de l’édifice éducatif, mais elle est défaillante. Enfin, depuis quarante ans, les réformes ponctuelles ou partielles se sont succédées et les acteurs du monde éducatif sont méfiants envers toute nouvelle tentative de changement.

À l’inverse, nous avons constaté que l’école gratuite et obligatoire est une réalité formidable, au potentiel immense. Nous avons aussi appréhendé l’idée de « socle commun de connaissances et de compétences » qui vise à permettre à chacun de maîtriser une série de compétences transversales (telles que la culture humaniste, les compétences civiques, les compétences orales et écrites…) comme un outil remarquable afin de construire l’éducation de demain.

Après avoir réfléchi et débattu, nous sommes arrivé-e-s à la conclusion que l’enseignement que nous voulons repose sur un double objectif d’égalité des chances et de possibilité de s’orienter individuellement. Afin d’atteindre cet objectif, nous formulons trois propositions globales que nous déclinons en dix-neuf propositions plus particulières.

 Conserver et renforcer l’idée du socle commun

Le socle commun a été adopté par une loi datant de 2005. Il vise à définir le niveau d’acquisition de connaissances et de compétences que doit avoir acquis chacun à l’issue de la scolarité obligatoire. Il s’inspire des huit compétences clefs de l’éducation tout au long de la vie définies par la stratégie de Lisbonne (communication dans la langue maternelle, communication en langues étrangères, compétence mathématique et compétences de base en science et technologie, compétence numérique, apprendre à apprendre, compétences sociales et civiques, esprit d’initiative et entreprise, sensibilité et expression culturelles).

?  Aller vers une école des savoirs qui transmette de façon équilibrée le savoir scolaire, les savoir-faire et le savoir-vivre.

?  Adopter une approche transdisciplinaire des enseignements.

 Réformer le fond et la forme du socle

 … le contenu du socle

? Intégrer le bloc « apprendre à apprendre » dans le socle français en plus des sept composantes actuelles. Le socle commun est une déclinaison des compétences clefs de l’éducation tout au long de la vie, dont il n’a cependant pas repris le bloc « apprendre à apprendre ». Or ce point est essentiel dans un contexte de changement et d’évolution des métiers.

 … la temporalité de l’acquisition du socle

?  Fixer la fin de l’instruction obligatoire au moment de la pleine acquisition du socle : ce n’est que lorsque l’élève a validé l’ensemble des compétences du socle qu’il peut être libéré de son obligation d’instruction quel que soit son âge.

?  Introduire un droit à la césure permettant à chacun de prendre un moment, une année par exemple, pour réaliser un projet personnel qui lui tient à cœur, qu’il s’agisse d’une expérience de mobilité à l’international ou d’un engagement associatif. Ce droit devrait être assorti de financements pour que tous puissent y prétendre.

 … la question des méthodes

?   Ne pas se cantonner à une approche disciplinaire dans la transmission des savoirs, mais décompartimenter les matières, en favorisant une approche transversale des sujets étudiés. Il serait par exemple possible d’imaginer un atelier sur les catapultes au Moyen Âge, qui permettrait de travailler et d’évaluer des notions de physique, de dessin, de français et d’histoire.

?   Mettre en place un système d’entraide aux devoirs en classe intégré à la journée scolaire, sous la forme de binômes d’élèves tirés au sort, qui remplacerait les devoirs à la maison.

… les modes d’évaluation

?  Remplacer les notes à l’école primaire par des commentaires. L’évaluation sous forme de notes est en effet stigmatisante, fondée sur une logique de compétition et contribue à un conditionnement par l’échec. La suppression des notes a donc pour objectif de contribuer à une vision plus coopérative de l’école, faisant place à la reconnaissance des capacités de chacun.

?  Repenser les modalités d’évaluation de l’acquisition des compétences du socle au-delà du primaire (suppression des notes, mélange entre note et évaluation qualitative ?). En effet, l’expérimentation de la suppression des notes à l’école primaire doit encourager à renouveler la vision globale de l’évaluation à tous les stades de l’enseignement.

?   Mettre en place une évaluation qualitative des cours par les élèves afin de donner les moyens aux enseignants de les améliorer.

 … entre parcours commun et individualisation des profils

?   Diviser le temps à l’école entre une partie consacrée à l’acquisition des éléments du socle et une partie plus individuelle,  centrée sur la construction par l’élève de son parcours.

?   Créer des temps permettant aux élèves de réfléchir à leur orientation.

?   Permettre aux élèves de faire valoriser et évaluer des activités associatives et professionnelles comme partie du socle.

  … les conditions de mise en œuvre du socle

?   Repenser la formation des enseignants en intégrant une réelle formation pédagogique dans leur parcours (licence plus deux ans d’alternance).

?   Faire de l’école un lieu démocratique et attrayant, un lieu de vie : le mercredi pourrait devenir un jour de l’école dans la cité, et celle-ci serait ouverte à l’ensemble des acteurs (familles, associations, élèves).

 Penser à la façon de poursuivre son éducation au-delà du socle

?   Un droit à la réorientation : créer des passerelles plus fortes entre les filières et donner enfin la possibilité de se former tout au long de la vie.

?    Créer des centres d’information sur les filières d’apprentissage afin de les valoriser.

?  Donner plus de place aux travaux à l’oral et aux langues dans les filières d’apprentissage.

ÉCONOMIE : Dans quelle économie voulons-nous vivre ?

Nous sommes conscient-e-s d’être, d’une manière ou d’une autre, acteurs de l’économie. Néanmoins, l’économie nous semble un sujet complexe et nous avons souvent un sentiment d’incompétence qui nous donne l’impression de subir sans comprendre. Notre première réponse à la question « dans quelle économie voulons-nous vivre ? » est d’abord : une économie que nous comprenons, dans laquelle nous nous sentons compétent-e-s et parties prenantes.

Nous constatons que des questions importantes restent aujourd’hui sans réponse.  De nombreux problèmes sont connus, chacun se dit, « oui, il faudrait y répondre », sans que de véritables actions politiques ne soient menées en ce sens. De plus, nous avons du mal à percevoir une réelle différence entre les principales formations politiques. Nous avons surtout le sentiment que ce sont d’abord les grandes entreprises et les banques qui influencent le plus l’économie, ce qui entretient  un flou autour des décisions et des décideurs réels.

Selon nous, l’économie ne peut pas se résumer aux sciences économiques. L’économie, c’est aussi et surtout des choix politiques et collectifs auxquels tous les citoyens doivent être associés. Voici ceux que nous vous proposons.

Notre vision souhaitée de l’économie se décline à travers quatre grands axes : nous voulons vivre dans une économie qui soit plus verte, plus juste, plus démocratique et transparente, ouverte sur le monde mais régulée.

 … pour une économie plus verte

? Soutenir l’évolution des mentalités pour sortir de l’incitation permanente à la surconsommation et à la course au profit. Nous préconisons notamment que de grandes campagnes de sensibilisation, permettant d’interroger nos modes de consommation  et d’en faire découvrir d’autres (par exemple l’économie d’usage, plus coopérative) soient menées.

?  Faire de la conversion écologique de l’économie une priorité politique partagée avec la population. Des financements doivent notamment être alloués à la recherche, aux logements, aux transports, qui respectent les principes du développement durable. Le système de bonus/malus pour les entreprises, conditionné à leur impact sur l’environnement, doit être renforcé.

?  Anticiper dès maintenant la conversion écologique des emplois.

?   Développer des pôles d’excellence dans les secteurs d’avenir pour retrouver de l’emploi en Europe et en France. L’accent doit également être mis sur  la formation, initiale et continue, qui prépare à ces  métiers de demain.

 … pour une économie plus juste

?   Favoriser l’entrée des jeunes dans la vie active à travers l’accès à l’emploi et à un logement. Pour faciliter leur insertion professionnelle, nous préconisons de renforcer la législation du travail, en particulier pour éviter les renouvellements abusifs de CDD et de stages. Pour favoriser l’accès à un logement, nous souhaitons que la construction de logements à des prix accessibles soit relancée, et que la hausse des loyers et la spéculation immobilière soient encadrées.

?   Plafonner les dividendes distribués par les entreprises et promouvoir une répartition plus égale de la richesse entre capital et travail.

?   Lutter contre les fraudes fiscales, et sociales, en renforçant les contrôles.

?   Combattre l’évasion fiscale, et notamment les paradis fiscaux ; nous souhaitons que la France donne l’impulsion nécessaire pour que ce sujet soit véritablement traité à l’échelon international. .

?   Simplifier le système d’aides sociales et lutter contre les effets de seuils qui créent un  sentiment d’injustice.

 … pour une économie plus démocratique et plus transparente

?   Donner plus de moyens pour comprendre l’économie et s’en sentir acteur, notamment via l’instauration de cours d’économie dès l’école primaire.

? Organiser la transparence des finances publiques, des établissements bancaires (notamment par une gouvernance des banques qui intègre les citoyens) et des grandes entreprises. Nous souhaitons notamment que le président de la République rende compte, lors d’un rendez-vous télévisé annuel, de l’usage des finances publiques.

?  Rendre obligatoire la présence des salariés au sein des conseils d’administration des entreprises, pour leur permettre de participer aux décisions.

?   Favoriser l’actionnariat salarié, en réservant une part des actions aux salariés.

?   Développer la participation des salariés aux décisions dans les entreprises.

?   Renforcer l’économie sociale et solidaire, le développement des coopératives et de la vie associative.

 … pour une économie ouverte sur le monde mais régulée

 ?   Développer des pôles de compétitivité européens pour être plus forts dans la mondialisation.

?   Instaurer une taxe sur les transactions financières à un niveau européen, pour réguler les dérives spéculatives des marchés et alimenter un budget européen.

 … pour atteindre ces objectifs

?   Disposer de nouveaux indicateurs de richesse qui prennent en compte  le bien-être, l’impact écologique et la qualité de vie ; utiliser ces indicateurs pour guider les décisions politiques.

 

EUROPE : Quelle citoyenneté européenne voulons-nous ?

L’Europe évoque pour nous plusieurs acquis positifs (un espace de paix, les droits de l’Homme, l’existence d’institutions communes, la liberté de circulation dans l’espace Schengen, l’ouverture aux différentes cultures européennes, le programme Erasmus, les jumelages entre les villes, le développement des pays grâce à certaines  politiques de soutien, telles que la  Politique Agricole Commune). Toutefois, la situation actuelle de l’Europe avec la crise de l’Euro nous inquiète (l’Europe va-t-elle résister ? La France va-t-elle être tirée vers le bas ?). Dans les faits nous nous sentons encore peu européens, parce que nous connaissons mal et comprenons mal l’Union Européenne (ses institutions, leur fonctionnement et leur rôle, l’impact de l’Europe sur notre quotidien). De ce fait, nous n’avons pas confiance en l’Union Européenne qui nous semble peu transparente, peu accessible et peu démocratique, et éloignée des besoins et des préoccupations des citoyens.

 C’est pourquoi nos propositions, pour une citoyenneté européenne renouvelée, visent à permettre à chacun de mieux connaître l’Europe pour se sentir davantage européen, à renforcer la citoyenneté européenne active et à rendre les institutions et le projet européen plus démocratiques.

Mieux connaître l’Europe pour se sentir davantage européen

 … favoriser les échanges culturels entre citoyens européens

?   Intégrer dans le cursus scolaire dès 14 ans, c’est-à-dire  dans le cursus obligatoire pour que tous les jeunes en bénéficient, 4 échanges d’une semaine, qui se dérouleraient à chaque fois dans un pays différent de  l’Union européenne (UE).

?   Faire des étudiants Erasmus des ambassadeurs de l’Europe dans leur pays d’origine et d’accueil, en systématisant le fait qu’ils organisent des temps de sensibilisation auprès de leurs pairs.

… sensibiliser davantage et mieux à l’Europe

?   Produire un dessin animé ludique et éducatif sur l’Europe.

?   Diffuser les modes de vie et valeurs européennes dès l’école primaire.

?   Introduire dans les chaînes TV nationales des quotas de programmes des pays de l’Union Européenne (fictions, documentaires, etc.) en VO.

?  Mieux former les journalistes aux questions européennes pendant leurs études.

 … créer des événements fédérateurs

?   Donner une autre dimension à la journée du 9 mai, en en faisant une vraie fête populaire et culturelle de l’Europe dans les 27 pays (à l’instar, par exemple, de ce qui se fait pour la Nuit Blanche à Paris).

?   Organiser un concours européen de la meilleure invention sur le thème des énergies renouvelables.

 Pour des institutions européennes et un projet européen plus démocratiques

 … des institutions plus démocratiques

?  Élire les Commissaires européens, sur des listes transnationales, au suffrage direct par les citoyens des 27 pays.

?   Instaurer des quotas afin que les députés au Parlement européen reflètent davantage la diversité de la population.

?   Favoriser le renouvellement des élus par une limitation du cumul des mandats au Parlement  (3 mandats successifs au maximum).

 … pouvoir peser plus directement sur le projet européen

?   Organiser un référendum unique au niveau européen précisant la politique commune européenne écologique, sociale et économique, par les citoyens des 27 pays le même jour.

 Pour renforcer la participation populaire à l’Europe

 … européaniser le débat politique, impliquer les citoyens dans la vie politique européenne et renforcer l’émergence d’une société civile européenne

?   Constituer une assemblée citoyenne, composée d’acteurs de la société civile organisée et de citoyens tirés au sort, qui soit systématiquement consultée par la Commission Européenne en amont de chaque décision politique majeure.

?   Organiser dans chaque grande ville des agoras pour débattre de l’Europe, dont les avis seraient transmis aux institutions européennes par les collectivités locales.

?   Étendre le droit de vote à toutes les élections (locales, nationales et européennes) aux résidents communautaires et extracommunautaires, sous condition d’un certain nombre d’années de résidence sur le territoire.

?   Créer un statut d’association européenne afin d’encourager l’engagement associatif et de renforcer le poids des associations.

L’avis complet de la Fabrique citoyenne

Retrouvez le détail des propositions et l’argumentaire en cliquant sur le lien suivant:

La version complète de l’avis de la Fabrique citoyenne

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